À Sa naissance, dans un pétrin costarmoricain bien fariné,

Une fée à la peau noire et aux fragrances d’épices

A posé son doigt sur Son front

Et dit : celui-ci sera chocolatier.

Chocolatier breton, a ajouté la suivante,

Dont les joues roses fleuraient bon le caramel,

La fraise et le beurre frais*.


* Salé, évidemment ; chez nous, les chocolats bretons, « beurre salé », c’est un pléonasme : le beurre est toujours salé.

Breton, c’était dans Ses gènes : pas compliqué.

Mais chocolatier ? Pas gagné : petit, Il voulait être architecte.

Et dans Sa famille, on est boulanger de père en fils depuis des générations.

Il a finalement plongé avec bonheur dans les arômes de la pâte levée et du pain frais. Gâteau rimant avec très beau, Il voulu apprendre la pâtisserie.

C’est là, à Pâques, que le Chocolat s’est révélé à Lui,

Avec son infinie palette de formes* et de saveurs.


* L’architecte en Lui était enfin satisfait :)

D’abord, c’est nous qui avons gagné.

Car le Chocolat L’a dévoré : tour de France des chocolateries,

Achat de tous les livres traitant du sujet, tests en quantité...

Mais Il s’est très vite rattrapé.

Il a ouvert en 2009 le magasin de Saint-Brieuc. En 2011 le magasin de Dinan.

En 2014 le labo de 350 m2 dont Il rêvait,

Depuis la découverte de sa première enrobeuse à chocolat*.

C’est alors que notre vraie (et courte) vie a commencé.


* Ricanons : à l’époque, il ne savait même pas comment la machine fonctionnait ! Mais rien ne L’a arrêté.

Il nous créait. Il nous invente encore, sans cesse.

Il nous veut beaux, parfaits.

Construits comme de petits monuments dédiés au goût et à la beauté.

Extérieurement sobres, sveltes*, subtilement décorés.

Et intérieurement inattendus, suaves, pétillants,

fondants, craquants, ensorcelants,

fruités, épicés, envoûtants.


* Il nous soumet à un régime d’enfer et nous réduit le sucre et le gras, à la limite du supportable !

Nous sommes tout cela, d’où la tristesse de notre histoire :

Notre espérance de vie est très courte. D’autant que nous avons eu des prix.

Oui, nous avons été remarqués !

Par les plus grands Croqueurs de chocolat ! Par le Gault et Millau des chocolatiers !

Nous* avons fait la une des journaux, et sommes devenus très demandés.

Cela nous a rendus assez fiers. Mais pas Lui.

Il continue à dire qu’Il ne sauve pas des vies. Pfff.


* Enfin, surtout Lui et son équipe de Loulous, comme Il appelle ses ouvriers, qui Le supportent, Lui et ses infinies exigences !!!

Ainsi, à peine mis en rayons, nous ne faisons pas long feu,

D’autant moins qu’il nous veut comme un luxe, un petit bonheur accessible à tous.

Pis encore quand une boîte est ouverte. Pourtant nous sommes si joliment rangés !

Mais dès le premier coup de dent, nous savons que c’est fichu. On va tous y passer.

Ce qui nous console ? Nous n’avons pas fini d’exister. Il est vraiment mordu*.

Il veut agrandir son labo. Créer de nouvelles recettes.

Nous voir toujours plus nombreux, plus divers, toujours meilleurs et plus beaux.

En tant qu’individus, notre vie fascinante est fort brève.

Mais en tant qu’espèce, nous, chocolats de Johann Dubois, espérons bien durer.


* Ne Lui dites surtout pas qu’Il est dramatiquement affecté du syndrome du passionné : nous voulons qu’Il continue à nous dédier ses jours et ses nuits, ses voyages, ses rencontres et ses rêves !